Festival de Cannes 2019 : « Douleur et gloire », la magnifique confession de Pedro Almodovar en route pour la Palme d’or

DSNB Paris News
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Président du jury du Festival en 2017, après en avoir été membre en 1992, et six fois en compétition, Pedro Almodovar est honoris causa sur la Croisette. Il présentait vendredi 17 mai à cette 72e édition « Douleur et Gloire », la confession bouleversante d’un réalisateur en crise qui a tout le goût d’une Palme d’or.

Douleur et Gloire est le septième film que présente Pedro Almodovar à Cannes sans jamais avoir été récompensé. Le réalisateur madrilène réalise avec cette œuvre ultime un peu son 8 1/2, comme l’avait fait Federico Fellini en 1963 : la confession d’un réalisateur en mal d’inspiration.

Mais là où Il Maestro plongeait son cinéaste dans ses fantasmes pour se ressourcer, Almodovar l’immerge dans les souvenirs afin de trouver l’inspiration.

Entouré de ses acteurs de toujours, Antonio Banderas et Penelope Cruz, accompagné d’autres fidèles comédiens, avec Douleur et Gloire, Almodovar sublime son art.

8 ½ madrilène

Retiré des plateaux de tournage, isolé, perclus de douleurs, Salvador Mallo (Antonio Banderas), réalisateur à succès, se souvient de son enfance au contact de sa mère (Penelope Cruz) et retrouve des amis acteurs perdus de vue depuis plus de trente ans. Ces retrouvailles nostalgiques, mémorielles et concrètes, vont lui offrir la matière de son nouveau film.

« Douleur et gloire est-il un film sur ma vie ? Oui et non absolument » écrit Almodovar en exergue de la bande annonce de son film. Tout est dit. Autofiction à l’instar de 8 ½ de Fellini, son film le dévoile et le dissimule pour en faire une œuvre romanesque achevée, d’une beauté visuelle époustouflante.

Fluidité syncopée

Comme beaucoup avant lui, Pedro Almodovar, source le processus de création dans la douleur. Elle est avant tout physique chez son alter ego, Salvador, sujet à des douleurs dorsales, migraines et autres maux qui justifient son absence des plateaux. Le métier de réalisateur requiert des capacités physiques, d’endurance et mentales réelles. Un constat sur lequel s’accordent tous les cinéastes, tant l’engagement est total et les responsabilités lourdes. La nostalgie teintée de mélancolie, dans lesquelles s’épanche Salvador, est une autre douleur, mentale, mais aussi une dynamique qui va le pousser en avant, et peut-être jusqu’à la gloire.

Pedro Almodova filme ce processus créatif avec une inventivité qui sublime la mise en scène stylisée de ses précédents longs métrages. Cadrages, harmonie colorée et graphisme éclatent dans chaque plan, sans se répéter. Il enchaîne les reconstitutions des années 1960 à 80 jusqu’à nos jours en jouant d’un montage syncopé tout en fluidité. C’est dans de tels paradoxes que s’impose un grand cinéaste. Alberto Iglesias, compositeur attitré du réalisateur, parachève une musique qui nourrit la puissance lyrique du film. Elle lui donne sa respiration, avec une diversité de tons et d’orchestrations admirable.

Il reste encore beaucoup de films à voir avant l’annonce du palmarès du 25 mai, et de belles oeuvres peuvent déjà prétendre au trophée ultime. Mais avec le passé cannois d’Almodovar et une telle matière filmique, Douleur et Gloire part en tête des prétendants à la Palme d’or.

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